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clémence losfeld

presque humain

En considérant la photographie comme langage sensible, la série Presque Humain

cherche à démontrer comment des one-shot, initialement destinés à se suffire à eux- mêmes

et n’ayant pas de thème commun prédéfini, peuvent une fois agencés comme des mots, raconter une histoire et retranscrire une atmosphère qui prend alors tout son sens.


Presque Humain, ensemble photographique fruit de diverses déambulations, en France et à l’étranger, expose un monde en noir et blanc peuplé d’individus insolites, louches, morcelés, un univers où l’accidentel et l’ordinaire communiquent, où l’étrange aiguise l’imaginaire.
Dans cette série, tout se joue sur le « presque ».

Ces personnages ne sont pas tout à fait.

Pas tout à fait quoi ?

Parfaitement humains ?

Mais qui peut être parfaitement humain ? Personne.

Tout ne tiendrait-il pas dans ce paradoxe, où le presque humain serait le plus humain ?
Pour faire écho à ce travail de l’image,

un texte personnel qui l’accompagne

en d’autres mots.

Clémence Losfeld

 

 

 

 

 

J’ai vu des hommes et des femmes

J’ai vu des enfants et des vieux
J’ai vu des êtres aux poses indigentes
Entre nuit
Et jour

 

 

 

 

 

J’ai vu des gens sur la pente
Et de la peur suante
J’ai vu des murs d’ivresse
Et le vent inconstant

J’ai vu des gens sur la pente
Et de la peur suante
J’ai vu des murs d’ivresse
Et le vent inconstant

Des jours et des nuits ont passé

J’ai vu des armatures osseuses
Egarées
J’ai vu des démarches qui se cognent
J’ai vu le plaisir qui s’efface
Et des faciès amochés

J’ai vu des mains abîmées
Des existences à perdre haleine
J’ai vu des bouches à la verticale
Et des ombres fuyant vers la mer

J’ai vu des laids
Des beaux
J’ai vu des hommes sortir à la vue des autres
Et attenter à leur être

J’ai vu des dents brisées
Et ceux qui sont venus à moi
Boivent seuls
Fument seuls
Et chaque instant verse dans le vide

J’ai vu des animaux pitoyables
A la gueule assassine
J’ai vu à courte distance
Des aveugles enterrer l’amour
Et à condition d’attendre
L’angoisse étreint

 

J’ai vu le quotidien féroce

Et le mordu indomptable

Si je parle des gens

Je veux montrer du regard

Et tout s’enfuit


J’ai vu des hommes et des femmes
J’ai vu des enfants et des vieux
Presque humains.

 

© Subjectif 2018

 

La culture  est l'exact contraire de l'actualité - Marcel Proust

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